mardi 27 janvier 2015
SOUMISSION
p91
Vêtues pendant la journées d'impénétrables burqas noires, les riches Saoudiennes se transformaient le soir en oiseaux de paradis, se paraient de guêpières, de soutiens-gorge ajourés, de strings ornés de dentelles multicolores et de pierreries; exactement l'inverse des Occidentales, classe et sexy pendant la journée parce que leur statut social était en jeu, qui s'affaissaient le soir en rentrant chez elles, abdiquant avec épuisement toute perspective de séduction, revêtant des tenues décontractées et informes.
p154
Concernant la restauration de la famille, de la morale traditionnelle et implicitement du patriarcat, un boulevard s'ouvrait devant lui, que la droite ne pouvait pas emprunter, et le Front national pas davantage, sans se voir qualifiés de réactionnaires, voire de fascistes par les ultimes soixante-huitards, momies progressistes mourantes, sociologiquement exsangues mais réfugiés dans des citadelles médiatiques d'où ils demeuraient capables de lancer des imprécations sur le malheur des temps et l'ambiance nauséabonde qui se répandait dans le pays; lui seul était à l'abri de tout danger. Tétanisée par son antiracisme constitutif, la gauche avait été depuis le début incapable de le combattre, et même de le mentionner.
p218
Nietzsche avait vu juste, avec son flair de vieille pétasse, le christianisme était au fond une religion féminine.
p250
"-...Les seuls vrais athées que j'ai rencontrés étaient des révoltés; ils ne se contentaient pas de constater froidement la non-existence de Dieu, ils refusaient cette existence, à la manière de Bakounine: "Et même si Dieu existait, il faudrait s'en débarasser...", enfin c'étaient des athées à la Kirilov, ils rejetaient Dieu parce qu'ils voulaient mettre l'homme à sa place, ils étaient humanistes, ils se faisaient une haute idée de la liberté humaine, de la dignité humaine. Je suppose que vous ne vous reconnaissez pas, non plus, dans ce portrait?"
Non, là non plus, en effet; rien que le mot d'humanisme me donnait légèrement envie de vomir, mais c'était peut-être les pâtés chauds, aussi, j'avais abusé; je repris un verre de Meursault pour faire passer.
Non, là non plus, en effet; rien que le mot d'humanisme me donnait légèrement envie de vomir, mais c'était peut-être les pâtés chauds, aussi, j'avais abusé; je repris un verre de Meursault pour faire passer.
p252
N'y a t'il pas au fond quelque chose d'un peu ridicule à voir cette créature chétive, vivant sur une planète anonyme d'un bras écarté d'une galaxie ordinaire, se dresser sur ses petites pattes pour proclamer: "Dieu n'existe pas"?
p260
À propos d'Histoire d'O
"L'idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue..."
(+la suite)
"L'idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue..."
(+la suite)
ULTIMA NECAT Tome I
1980
p89
Pour faire une œuvre, seul compte formellement le principe de dilatation.
p93
Je ne dis pas comme Dostoïevski: puisque Dieu est mort, tout est permis. Je dis: puisque tout est fini, Dieu est permis.
p98
Marc-Aurèle, Pensées, 14: "Mourir,c'est perdre le présent, qui est un laps de temps infiniment bref. Personne ne perd le passé ni l'avenir, car on ne peut enlever à personne ce qu'il n'a pas."
p104
Il faudrait tout de même que je commence à n'être plus timide et à m'approprier mes propres idées avant que d'autres ne le fassent.
1981
p129
Ma tête n'est pas très solide; elle est faite, comme celle des autres, pour recevoir dans sa vie entière cinq ou six informations, ainsi que cela se passait autrefois, et depuis toujours. Mais voilà qu'elle est bombardée de milliers de messages, chaque jour, et qu'elle ne s'y adapte pas. Elle est comme ces monuments, ces ruines arrêtées, qui se sont dressées pendant des siècles au milieu de terrains vagues et qui, aujourd'hui, sont coincées entre divers assauts,fer, béton, asphalte, manifestations variées de la technique, tenailles de l'oubli.
Moi qui ne suis pas, qui ne serai probablement jamais musicien, je pense immédiatement à des comparaisons musicales quand je pense à mon roman...
p130
Tenter de produire un aimant. Surmagnétiser le pôle, de sorte que la limaille du monde y soit attirée de plus en plus facilement. Les intenses dispersions de nos temps modernes imposent ce genre de rêve.
p140
...un peu de culture rapproche de la gauche, beaucoup en éloigne...
1982
p161
"Malheur à qui ne se contredit pas au moins une fois par jour" (Ecclésiaste)
p162
En somme, se faire aimer de la gauche puis se dévoiler. À partir de ce moment-là, on devient inoubliable.
Un des préceptes fondamentaux pour accéder à l'immortalité.
(Et à la persécution)
p188
"Sans individus, c'est-à-dire sans répartition des possibles, il ne pouvait y avoir de temps" (Bataille). Et le temps, dit-il, c'est le désir, et le désir, c'est que le temps ne soit pas, et que le temps ne soit pas c'est le désir que les individus n'existent pas. Le tout ne veut pas le temps.
p202
Les morts-vivants pèsent d'un poids très agréable et très léger sur les vivants-morts
1983
p314
"Seuls les "grands" succès sont des succès de masse, et l'on ne comprend même plus que tout succès de masse ne peut être qu'un petit succès: car pulchrum est paucorum hominum [le beau appartient au petit nombre]." La conscience individualiste élimine les très grands hommes au profit des talents reconnus au milieu d'une collectivité d'hommes à peu près égaux. Or, dans nos civilisations tardives et raffinées, tout le monde a un peu de talent "et peut s'attendre à recevoir la part d'honneur qui lui est due".
p322
Le roman est périssable.
Comme le Monde. Comme l'Occident. Qui est ce que le Monde a de mieux en fin de compte.
Il est menacé par tout ce qui ne veut ni de l'ambiguïté ni de la relativité. Par tout ce qui veut l'Harmonie.
Par la pensée totalitaire.
Il est le doute, l'ironie, le suspens, la question, l'humour. L'inconciliabilité. L'esprit. Le paradoxe. Le jeu. La liberté.
p341
Appétit de merveilleux de l'enfance opposé à l'esprit critique. "N'importe quel merveilleux est beau"...
p382
Comment ce qu'on porte sur soi sans mystère pourrait-il devenir chez un autre un objet de secret infini et pétrifiant, sinon au prix d'une immense falsification?
p384
Impression de misère hier soir à Beaubourg (lecture par deux comédiens et par H. lui-même de fragments de son livre). Fin absolue de tout ça. De ce type de littérature comme de ce genre de manifestations qui n'amène dans la salle que quelques amis emmerdés qui préfèreraient être chez eux en train de regarder la télé, et quelques semi-clochards poétisants.
1984
p403
Pourquoi je suis presque systématiquement et intuitivement du côté des vaincus. Raisons qu'il y a de se ranger du côté de ce qui meurt...Si je suis du côté de ce qui triomphe, je suis heureux mais je disparais. Si je suis du côté de ce qui disparaît, je suis malheureux mais je me laisse une chance de résister à la disparition. Si je suis avec le monde, je suis le monde. Si je suis contre le monde, je m'en différencie. La solitude la plus intense accompagne cette différenciation.
p414
égalité
p434
...Je dois mettre les possibilités d'humour du lecteur de mon côté...D'autre part, la fureur et les propositions insoutenables doivent être contrebalancées par la tendresse. Il faut trouver le ton pour ça. Sinon, pas de passeport..
Les couples usés jusqu'à la corde vivent sur un programme commun d'angoisse qui les excite perpétuellement de façon malsaine. Le repos passager d'un des partenaires paraît insupportable à l'autre qui s'empresse de le briser le plus rapidement possible. Ainsi: l'enfer est permanent au prix d'efforts conjoints et harmonieux. Les seuls moments de paix viennent de l'épuisement des forces de l'un et de l'autre, ils ne peuvent donc arriver qu'au terme de scènes atroces qui laissent "pantelants" l'homme et la femme provisoirement...
1985
p543
Cauchemar cette nuit trop beau pour ne pas être noté... I., fils ainé de N., est là aussi, en train de foutre le bordel un peu partout; je l'engueule mais ensuite le félicite, il vient de publier un livre (ce livre, c'est celui de Nabe que je viens de lire!!) qu'il ne m'avait évidemment pas fait lire en manuscrit, je lui dis qu'il a énormément de talent (ce que je pense de Nabe), mais qu'il doit faire attention de ne pas tomber dans toutes les conneries (antisémitisme) où il vient de tomber.
p544
Le seul critère en fin de compte pour savoir en cours de route si ce que vous écrivez tient le coup, c'est le test télé...N'importe quel film minable du soir vous paraît-il plus chatoyant, agité, captivant, que ce que vous êtes en train d'inventer? Plus sexuellement désirable, sensible, éclatant? N'hésitez-pas alors, ça va mal, vous êtes sur la mauvaise pente, votre livre ne tient pas devant la non-vie agitée télé.
p545
La poésie qu'on croit l'expression brute du génie humain en est la décadence lamentable.
Or c'est la mort des hommes réels qui produit l'effet que produit au cinéma la mort des vampires imaginaires.
p546
Si je n'éprouve jamais, envers ceux qui ont plus de succès que moi, le ressentiment de presque tout le monde, ce n'est évidemment pas par grandeur d'âme. Quoi alors? Je crois que c'est parce que je me suis toujours, en dépit de la réalité, pensé comme un vainqueur...Ce n'est donc pas par générosité que le ressentiment m'est inconnu, c'est par illusion. Par capacité de projection de moi-même dans un avenir de réussite. Par capacité de futuration optimiste (ou parano).
p559
Céline: "Il faut se dégoûter soigneusement des autres avant d'être bien fixé soi-même sur ce qu'on peut faire."
p575
L'opération socialiste "Touche pas à mon pote" uniquement soutenue par les lycéens. Il n'y a plus qu'eux qu'on peut faire descendre dans la rue. Sans idéologie puisqu'il s'agit d'enfants. Avec des trucs d'enfants. Ballons, musique, podiums, concerts. Et un seul mot d'ordre -antiracisme- absurde puisqu'il tombe sous le sens.
Dans un pays où il n'y a plus d'idéologie, tout se passe comme dans les pays où l'idéologie a triomphé (les totalitaires): les adultes disparaissent, l'enfant monte au premier plan (jeunesse hitlérienne, gardes rouges, etc. - enfants dénonciateurs des parents...) même si la cause, dans ce cas paraît juste, sainte, c'est la même logique qui innerve le mouvement.
Note d'une infinie banalité. Quand j'ai peur de ma mort, c'est que je crois que c'est moi qui serais mort. Or je ne m'emporterai pas dans la tombe.
p576
Pour une fois, je suis d'accord avec Breton quand il disait qu'on doit se taire si on cesse de ressentir.
lundi 27 octobre 2014
jeudi 28 août 2014
« Il n’est sans doute pas facile, même pour le créateur lui-même
dans l’intimité de son expérience, de discerner ce qui sépare l’artiste
raté, bohème qui prolonge sa révolte adolescente au-delà de la limite
socialement assignée, de l’ « artiste maudit », victime provisoire de la
réaction suscitée par la révolution symbolique qu’il opère. « (P. Bourdieu)
mercredi 4 juin 2014
mercredi 7 mai 2014
mercredi 2 avril 2014
Muray aura détesté avec délectation notre époque, son hygiénisme, son technicisme, son pacifisme, son festivisme, son droit-de-l’hommisme, tous les jolis prétextes sous lesquels elle abrite son inculture, son oubli du passé, et plus encore : sa démission, sa panique devant le devoir d’être humain, d’assumer les vieux démons de l’homme et sa blessure constitutive. Il l’aura dit inlassablement, infatigablement, avec une éloquence et une vigueur qui l’égalent aux plus grands polémistes.
Pourtant, et même lorsqu’un certain jeu médiatique a cherché à l’y réduire, Philippe Muray n’était pas le bougon de service, le « réac » toujours disponible, le ronchon authentifié. Lui qui haïssait les rebelles professionnels et autoproclamés, ne s’est pas résumé à la posture symétrique. Quand on aura lu, vraiment lu Philippe Muray, on découvrira bien mieux que ça. On découvrira un écrivain, descendant en droite ligne de Balzac et de Flaubert, de Voltaire et de Léon Bloy. Le travail unique et obstiné de Philippe Muray a consisté à élever, face au discours enveloppant et omniprésent de notre époque, un contre-discours, un rempart, une réponse. Une réponse inlassable. Intarissable. Précise. Au scalpel. Son oeuvre est un monument littéraire, et littéraire d’abord. Un formidable parapet, une digue, contre un seul péril en définitive : la pollution du langage. Non, Philippe Muray n’était pas un chroniqueur, un éditorialiste, un faiseur de tribunes ! C’était un écrivain. C’était une voix. Chapeau bas, s’il vous plaît.
Ceux qui le réduisaient à un rôle d’idéologue, ceux qui voulaient l’enfermer dans un rôle de fournisseur de discours, n’ont sans doute pas lu Minimum Respect, un recueil de poèmes parodiques, ironiques, dans lequel cet homme plein de pudeur et d’élégance, qui n’a jamais accepté d’afficher son coeur en bandoulière, laissait en creux passer le plus vrai de lui-même : la passion.
François Taillandier
samedi 8 mars 2014
vendredi 7 février 2014
Walter Benjamin - Notes sur Baudelaire
p371
La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable...Pour que toute modernité soit digne de devenir antiquité, il faut que la beauté mystérieuse que la vie humaine y met involontairement ait été extraite.
p?
Dans chaque oeuvre d'art véritable, il existe un lieu où celui qui s'y installe ressent un souffle frais pareil au vent d'une aube qui va poindre. Il en résulte que l'art, considéré souvent jusqu'ici comme réfractaire à toute relation avec le progrès, peut servir l'authentique finalité de celui-ci. Le progrès ne se situe pas dans la continuité du cours du temps, mais dans ses interférences: là où pour la première fois quelque chose de véritablement nouveau se fait sentir avec la sobriété de l'aube.
p418
Pour saisir la signification de la nouveauté, il faut revenir à la vie quotidienne. Pourquoi tout le monde communique-t-il à autrui la dernière nouvelle? Vraisemblablement pour triompher des morts. Mais juste quand il n'y a rien de vraiment nouveau.
Le "moderne", le temps de l'enfer. Les châtiments de l'enfer sont toujours la dernière nouveauté qu'il y a dans ce domaine. Il ne s'agit pas de dire qu'il se passe "toujours la même chose", encore moins qu'il serait question ici d'éternel retour. Il s'agit au contraire de dire que le visage du monde, précisément sous l'aspect de la dernière nouveauté reste toujours en tous points la même chose. - C'est ce qui constitue l'éternité de l'enfer. Déterminer la totalité des traits sous lesquels la "modernité" se manifeste, ce serait représenter l'enfer.
La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable...Pour que toute modernité soit digne de devenir antiquité, il faut que la beauté mystérieuse que la vie humaine y met involontairement ait été extraite.
p?
Dans chaque oeuvre d'art véritable, il existe un lieu où celui qui s'y installe ressent un souffle frais pareil au vent d'une aube qui va poindre. Il en résulte que l'art, considéré souvent jusqu'ici comme réfractaire à toute relation avec le progrès, peut servir l'authentique finalité de celui-ci. Le progrès ne se situe pas dans la continuité du cours du temps, mais dans ses interférences: là où pour la première fois quelque chose de véritablement nouveau se fait sentir avec la sobriété de l'aube.
p418
Pour saisir la signification de la nouveauté, il faut revenir à la vie quotidienne. Pourquoi tout le monde communique-t-il à autrui la dernière nouvelle? Vraisemblablement pour triompher des morts. Mais juste quand il n'y a rien de vraiment nouveau.
Le "moderne", le temps de l'enfer. Les châtiments de l'enfer sont toujours la dernière nouveauté qu'il y a dans ce domaine. Il ne s'agit pas de dire qu'il se passe "toujours la même chose", encore moins qu'il serait question ici d'éternel retour. Il s'agit au contraire de dire que le visage du monde, précisément sous l'aspect de la dernière nouveauté reste toujours en tous points la même chose. - C'est ce qui constitue l'éternité de l'enfer. Déterminer la totalité des traits sous lesquels la "modernité" se manifeste, ce serait représenter l'enfer.
dimanche 1 décembre 2013
samedi 30 novembre 2013
vendredi 20 septembre 2013
PHILLIPE SOLLERS EST MORT.......PHILIPPE MURAY EST VIVANT
Incroyable cette interview (ici) de Philippe
Sollers. Incroyable de suffisance. « La providence m’aidant… ». Incroyable de banalité également.
« J’ai anticipé le fait que la
lecture allait disparaître ». Quel nez ! « On assiste au triomphe du capitalisme
financier. » Quel pouvoir d’analyse !
Il n'y a plus de littérature mais je
continue à éditer nombre de jeunes auteurs talentueux....etc...etc...
Cela pourrait porter à rire, du moins
jusqu'à la question fatidique posée par la perspicace journaliste :
« Regrettez-vous d'avoir publié certains auteurs, comme Marc-Édouard
Nabe ou Philippe Muray ? » Je retranscris sa réponse telle
quelle : « Pas du tout. J’ai publié le meilleur texte de
Muray, Le XIXe Siècle à travers les âges. Le problème, c’est quand il
a voulu faire des romans inaboutis qui n’ont pas marché, puis il s’est très mal
entouré, des gens comme Elisabeth Lévy, Aude Lancelin. Marc-Edouard Nabe avait
quelque chose, puis ça a été un suicide. Stéphane Zagdanski aussi. Leur
problème, c’est qu’ils ont eu une mauvaise vie. La mauvaise vie, les mauvais
partenaires, on ne s’en rend pas tout de suite compte, mais après les sanctions
tombent : la maladie, la marginalisation, on devient sous influence… Chez
Muray, ça a été catastrophique. » En gros et si je comprends bien,
Philippe Sollers insinue que Philippe Muray est tombé malade et qu'il est mort
parce qu'il s'est mal entouré et qu'il a cessé d'être édité par Philippe
Sollers, qui avait, dans tous les cas, édité son meilleur livre.
Philippe Muray est mort d'un cancer du
poumon à l'âge de 60 ans parce qu'il fumait comme un pompier ! Si l'on
considère que l'échec conduit à la maladie, alors qu'en est-il de Pierre
Desproges, de Jacques Brel et j'en passe? Et qui est-il, ce Sollers, pour juger
de ce qu’est une bonne ou une mauvaise vie ?
D'ailleurs, la réponse ne se fait pas
attendre puisque le magazine Causeur, dirigé par Élisabeth Lévy justement, a
l'excellente idée de publier chaque mois un extrait du journal de Philippe
Muray que je reproduis ici :
« 5 décembre 1985. Ce
que veut Sollers, je le comprends enfin, je le savais depuis toujours, ce n’est
pas être un grand écrivain, ça ne lui suffit pas. Ce qu’il veut, c’est être le
dernier écrivain. Qu’après lui il n’y ait rien. Son aventure, selon
lui, ne prendra tout son sens qu’à cette condition. Ce qu’écrivent les autres,
si ça ne concourt pas à la réalisation de ce projet, est nuisible. C’est un
danger, ou au moins un retard, un atermoiement inutile. L’ennui est que, plus
timidement, dans mon coin, avec infiniment moins de moyens (d’où ma
discrétion), je pense la même chose. Son agressivité destructrice s’explique
par là. Le besoin de maintenir sous sa surveillance n’importe qui, du moment
qu’il sent un peu d’originalité virtuelle. La nécessité d’être en éveil tout le
temps, jour et nuit. Épuisant probablement. La haine maladive. La gentillesse
aussi, la générosité soudaine, comme une surprise qu’il se fait à lui-même. La
nécessité, la fatalité de n’avoir plus autour de lui que des larbins obscurs ou
des cons célèbres sans aucun danger. La rage folle consistant à jouer l’un
contre l’autre tous les écrivains, tout le temps (Roth pour écraser Kundera, en
ce moment ; Jean Rhys contre O’Connor à cause de mon penchant, ces
derniers mois, pour elle). N’importe quel écrivain, vivant, mort. Tout ça doit
disparaître. Vue de l’extérieur, subie péniblement, son attitude est absolument
nihiliste. La nullité de ce qu’il publie maintenant dans sa revue et sa
collection est également logique. Puisqu’il doit être le dernier. »
Et quant à moi je préfère fréquenter un
mort toujours vivant comme Philippe Muray, plutôt qu'un vivant déjà mort comme
Philippe Sollers.
mardi 23 juillet 2013
Finalement, Inna Shevshenko m'aura bien fait rire en déclarant que " maintenant, tous les homophobes, les extrémistes et les fascistes vont devoir lui lécher le cul quand ils voudront envoyer une lettre". Sauf qu'elle ne cherchait pas à être drôle, sauf qu'aujourd'hui on ne lèche plus les timbres, sauf qu'en général quand on lèche un cul, c'est pour le préparer à des choses plus poussées. Mais sinon elle m'a bien fait rire...
ILLUSIONS PERDUES (BALZAC)
P81
L’un des malheurs auxquels sont soumis les grandes
intelligences, c’est de comprendre forcément toutes choses, les vices aussi
bien que les vertus.
Ces deux jeunes gens jugeaient la société d’autant plus
souverainement qu’ils s’y trouvaient placés plus bas, car les hommes méconnus
se vengent de l’humilité de leur position par la hauteur de leur coup d’œil.
P130
Les mots beauté, gloire, poésie, ont des sortilèges qui
séduisent les esprits les plus grossiers.
P185
Paris n’est pas beau dans ces petites choses auxquelles sont
condamnés les gens à fortune médiocre.
P193
Les hommes qui ont tant de choses à exprimer en de belles
œuvres longtemps rêvées professent un certain mépris pour la conversation,
commerce où l’esprit s’amoindrit en se monnayant, …
P214
Le monde vous dédaigne, dédaignez le monde.
P225
…il se promena le long du trottoir en regardant
alternativement l’eau de la
Seine et les boutiques des libraires, comme si un bon génie
lui conseillait de se jeter à l’eau plutôt que de se jeter dans la littérature.
P234
Le talent est une créature morale qui a, comme tous les
êtres, une enfance sujette à des maladies. La Société repousse les
talents incomplets comme la
Nature emporte les créatures faibles ou mal conformées.
P236
La femme porte le désordre dans la société par la passion.
P241
L’Envie, cet horrible trésor de nos espérances trompées, de
nos talents avortés, de nos succès manqués, de nos prétentions blessées, leur
était inconnue.
P248
Folie pour folie, mets la vertu dans tes actions et le vice
dans tes idées ; au lieu, comme te le disait d’Arthez, de bien penser et
de te mal conduire.
P249
Les journalistes
P264
Aussi une critique, faite pour être rétorquée ailleurs,
vaut-elle mieux et se paye-t-elle plus cher qu’un éloge tout sec, oublié le
lendemain. La polémique, mon cher, est le piédestal des célébrités.
P351
Tu réussiras, mon petit ; mais ne sois pas aussi bon
que tu es beau, tu te perdrais. Sois méchant avec les hommes, c’est bon genre.
P401
Les poètes aiment plutôt à recevoir en eux des impressions
que d’entrer chez les autres y étudier le mécanisme des sentiments.
P433
…le talent est même longtemps nuisible s’il n’est accompagné
d’un certain génie d’intrigue…
P449
…il faut être un grand homme pour tenir la balance entre son
génie et son caractère. Le talent grandit, le cœur se dessèche.
P549
Dans les pays dévorés par le sentiment d’insubordination
sociale caché sous le mot égalité,…
P561
Dans une vie tiède le souvenir des souffrances est comme une
jouissance indéfinissable.
P581
…la résignation est un suicide quotidien…
P595
…la Société
s’est insensiblement arrogé tant de droits sur les individus, que l’individu se
trouve obligé de combattre la Société.
mercredi 3 juillet 2013
vendredi 28 juin 2013
PROMO NOUVEL ALBUM
Déjà plusieurs émissions calées à la rentrée pour la sortie de mon nouvel album:
-Le pont des artistes
-Sous les étoiles exactement
-Taratata
-CD'aujourd'hui
...(à suivre)
-Le pont des artistes
-Sous les étoiles exactement
-Taratata
-CD'aujourd'hui
...(à suivre)
mercredi 26 juin 2013
LA GLOIRE DE RUBENS
LA GLOIRE DE RUBENS
Philippe Muray
Quelques notes (suite et fin)
Philippe Muray
Quelques notes (suite et fin)
P87
Des oiseaux ont bien tenté de picorer la grappe de raisin
peinte par Zeuxis parce qu’elle avait l’air plus vraie qu’une vraie ; je
frémis à l’idée de ce que je pourrais faire, moi, avec une femme signée Rubens,
si les convenances ne me retenaient pas.
P91
Pour être aimé, deux solutions, pas trois : la
réclusion cistercienne ou les fumigènes romantiques.
P104
« Dans tous les arts, écrit Proust, il semble que le
talent soit un rapprochement de l’artiste vers l’objet à exprimer. Tant que
l’écart subsiste, la tâche n’est pas achevée. »
P118
Il y a deux façons de méconnaître résolument son propre
temps : soit on adhère comme un fou à tous les délires du moment, on
s’engage, on se solidarise, on milite, on s’aveugle, on prend parti
éperdument ; soit on se détourne du courant, on s’enfonce dans la
contemplation, on ne veut rien savoir de ses maîtres pour mieux continuer à s’y
plier. Tout-tragique ou tout-poétique ; dans les deux cas
la même ferveur, la même passion d’esclavage, la même servitude de toute façon.
P119
La bête noire de la culpabilité, c’est le langage
évidemment, elle préfère de loin la musique, elle en met partout, elle en
rêverait dans tous les coins. Que la planète se transforme en une immense Fête,
vaseuse et morne, de la Musique égalisante. Musique aujourd’hui, forme suprême
de notre gâtisme consensuel ! « Viens, musique, emporte-moi avec toi
et sauve-moi de cet effort douloureux pour trouver les mots » : ainsi
chantait-on, déjà, au XVIIIe, quand on était poète, et romantique, et allemand.
P132
Le Mal n’est un être que si on le veut bien, c’est-à-dire
si on l’appelle à tue-tête, et notamment en arrêtant pas de le dénoncer. Le Mal
n’est Quelqu’un que si on en fait tout un plat en refusant d’en rire parce
qu’on préfère jouir de le prendre au sérieux. Le démon se sent menacé chaque
fois qu’on l’oublie cinq minutes, il connaît par cœur le puéril catéchisme de
la pub : qu’on parle de lui, en bien, en mal, mais qu’on en parle, ça ne
va pas plus loin. Être, pour lui, c’est d’abord être dénoncé.
P167
Tous les génies sont des esprits grossisseurs, c’est la
raison pour laquelle on a tendance à les trouver grossiers.
P170
« Il faut mettre sa passion dans les choses où
personne ne la met aujourd’hui », excellente recommandation de Nietzsche
que nous n’avions pas besoin de connaître pour la suivre spontanément.
P174
Le protestantisme, c’est incontestable, a « sauvé
les libertés humaines », et de la seule manière efficace : en
supprimant les artistes (la conception du salut comme donné, et non gagné,
implique que toute participation de l’être humain à son propre sauvetage est
illusoire ; corrélativement, les œuvres,
dans tous les sens du mot, deviennent inutiles).
P185
…Chaque fois, des musées entiers qui disparaissent !
Des centaines, des milliers d’œuvres, tableaux, sculptures, fresques ! Il
faut repeupler ces murs déshabillés. Les toiles deviennent des arguments dans
la controverse de fer et de feu qui a choisi l’Europe comme champ de bataille.
Et les Jésuites sont les plus formidables acheteurs d’espaces publicitaires
qu’on puisse imaginer. Bien après eux, on racolera pour des machines à laver,
des bagnoles, des fringues, des barils de lessive et milles autres produits
plus ridicules les uns que les autres, à l’aide d’une foule de filles nues. Alors
pourquoi pas, dès maintenant, quelques paires de fesses pour la plus grande
gloire de l’Église ?
Et qui serait capable de mettre en équivalence, sans
ridicule, la beauté des femmes et celle de la Foi ?
Qui, sinon Rubens, la plus grande agence de communication
de tous les temps ?
P187
La répétition est indispensable, et à tous les niveaux,
en effet, puisque c’est elle qui signale la présence d’un style, c’est-à-dire
quelque chose qui ne dépend pas du sujet traité, mais de la fréquence de
réapparition de celui qui le traite.
Il n’y a de style que par la répétition, dans la
répétition, pour le plaisir de se répéter, de se sentir de plus en plus répété,
donc de plus en plus différent, à l’infini, jusqu’aux constellations.
P188
…personne ne savait plus alors que l’image du corbeau,
dans une toile, loin d’annoncer des choses sinistres, était synonyme
d’Espérance pour la raison que son cri, disait-on, ressemblait au mot latin
« cras » qui signifie
« demain ».
P189
« L’aristocratie conduit naturellement l’esprit
humain à la contemplation du passé, et l’y fixe. La démocratie, au contraire,
donne aux hommes une sorte de dégoût pour ce qui est ancien. » Tocqueville
P213
Quelqu’un qui ne fait jamais de sport ne peut pas être
tout à fait mauvais.
P219
« Le charme d’une femme peut révéler beaucoup de
choses à un artiste sur son art » (Bonnard)
P223
…parce que le nu, de toute façon, quelle que soit
l’époque, quelles que soient les circonstances ou les baratins des
civilisations, ne peut être que
mythologique. Ni chaste, bien sûr, ni naturel, et encore moins innocent.
P227
« Un homme qui a le sentiment des fesses et des
seins est un homme sauvé ! » (Renoir à propos de Rubens)
P231
On peut appeler « moderne » ce réflexe qui
consiste à rendre proche un grand homme par la détresse qu’on lui suppose.
lundi 17 juin 2013
LA GLOIRE DE RUBENS
LA GLOIRE DE RUBENS
Philippe Muray
Quelques notes...(1)
P19
« Le trou que l’œuvre géniale, écrit Kafka , a
creusé par le feu dans ce qui nous entoure nous offre une bonne place où poser
notre petit flambeau. C’est pourquoi l’œuvre de génie est une source
d’encouragement, d’un encouragement qui s’exerce d’une manière générale et ne
pousse pas seulement à l’imitation. »
P20
La communication ne se fait vraiment à fond que sur des
échecs. Plus que sur des crimes, moins spectaculairement mais plus sûrement,
toute société est fondée et fermée sur des ratages commis en commun. Rien ne
fait plus groupe que le fiasco en
soi. Rien ne fédère davantage que le retour bredouille. Les seuls succès
véritablement appréciés par la communauté sont ceux qu’elle accorde de façon
posthume. Que votre objet vous échappe toujours, jusqu’au dernier moment, et
c’est gagné pour la postérité ! Tout, avec le temps, peut devenir magie
aux yeux de la société, à condition qu’elle se soit livrée, avant, à quelque
torture. Rattraper le coup, réparer des
injustices : nous ne nourrissons pas de plus grande passion ;
encore faut-il que, de ces injustices, nous ayons été d’abord les agents
vigilants.
P21
Tout ce qu’il veut au fond…ce n’est même pas tellement la
gloire, même pas la puissance, ni la découverte d’une vérité des abîmes, c’est mourir un peu plus instruit . Pour cela
il faut peindre, bien sûr, énormément.
P25
Supprimer les obstacles, comme le déclarait Picasso, à
rebrousse-poil de tout le catéchisme moderne, ce n’est pas la liberté,
« c’est un affadissement qui rend tout invertébré, informe, dénué de sens,
zéro ».
P38
…on ne peut pas parler que de ce qu’on aime, il faut
aussi, de temps en temps, rappeler ce qu’on déteste afin que, sous cet
éclairage, ce qu’on aime se fasse mieux voir.
P56
« Une manie, c’est le plaisir passé à l’état d’idée »,
affirme Balzac interprétant la « bricabracomanie » de Pons. Vous qui
n’êtes plus aimé, dit-il encore, vous qui ne pouvez plus boire à la
« coupe du plaisir », devenez collectionneur, « vous retrouverez
le lingot du bonheur en petite monnaie ».
dimanche 16 juin 2013
RENDEZ-NOUS NOS CHAÎNES!
"Ça fait 40 ans que tout le monde accuse la télévision d’être une machine à sidérer les esprits, à endormir les intelligences, à laver les cerveaux, à mentir sur tout et à transformer les hommes libres en légumes, à aliéner les gens au Grand Divertissement et à la Propagande, à instiller les ordres du Kapital (chaînes privées) ou du Gouvernement (chaînes publiques). Et le jour où enfin la télévision n’émet plus, ça crie à la confiscation de la Démocratie et au crime contre l’Information Qui Est Un Droit De L’Homme.
Non mais allô quoi."
mercredi 5 juin 2013
vendredi 31 mai 2013
samedi 25 mai 2013
Double : Pourquoi êtes-vous célèbre ?
Philippe Muray : Je ne
suis pas célèbre et je veillerai à ne pas le devenir, le cas échéant,
dans les termes où la célébrité est aujourd’hui misérablement concédée à
ceux qui en font la demande. J’ai commencé à essayer de donner de notre
temps une interprétation neuve et cohérente, et c’est sans doute parce
que cette interprétation n’apparaît pas, comme tant d’autres,
immédiatement bouffonne, malheureuse ou stéréotypée, qu’elle rencontre
un relatif écho. Il convient que celui-ci reste relatif, comme
l’existence.
mercredi 22 mai 2013
NOTRE-DAME DU MODERNE
(La même idée ici,)
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